La journée des Barricades et l’assassinat du duc et du cardinal de Guise

par Henri Weber, université de Montpellier III

Le roi informe sa mère

Après l’assassinat, le roi se rend chez la reine mère pour l’en informer. L’ambassadeur de Florence, Filippo Cavriana, dans une lettre adressée au secrétaire du duc de Toscane, présente un long plaidoyer par lequel le roi aurait justifié son acte. L’ambassadeur, qui était présent, remarque la fermeté du roi « ne paraissant nullement troublé, ni de visage, ni d’esprit, ce qui à moi qui étais présent parut vraiment merveilleux. »

L’Estoile donne seulement la conclusion de l’entretien :

« Madame, je suis maintenant seul roi de France, je n’ai plus de compagnon. »

Elle lui répondit :

« Que pensez-vous avoir fait, Dieu veuille que vous vous en trouviez bien. Vous avez fait mourir deux hommes qui avaient beaucoup d’amis. »

L’Estoile situe l’entretien après la mort du cardinal. Il ajoute que la reine se fit porter ensuite chez le cardinal de Bourbon, prisonnier et malade qui l’accusa d’être l’instigatrice des deux assassinats. Elle protesta avec la plus grande véhémence et dit en sortant : « Je n’en puis plus, il faut que je me mette au lit ». Elle mourut en effet le six janvier. L’Estoile commente ainsi sa mort :

« Le déplaisir qu’elle avait pris de ce que son fils lui avait dit avait avancé ses jours, non par amitié qu’elle portât aux deux princes, lesquels elle aimait à la florentine, c’est-à-dire pour s’en servir, mais parce que, par là, elle voyait le roi de Navarre, son gendre, établi qui était tout ce qu’elle craignait le plus au monde. »

Toutefois, ajoute l’Estoile, le peuple de Paris était d’avis qu’elle avait donné consentement et occasion à la mort des deux princes lorrains.

Pour sa part, Le Martyre des deux frères innocente la reine mère qui répond ainsi à l’annonce de l’assassinat :

« Mon fils, Dieu veuille que vos affaires s’en portent mieux, mais je prévois que cela vous tourmentera et réussira à un grand nombre. »

Seul, Miron a d’abord indiqué que Catherine de Médicis avait conseillé à son fils de se débarrasser du duc mais il ne donne aucune information sur son éventuelle participation aux préparatifs de l’assassinat.

L’arrestation des parlementaires et du secrétaire du duc

Dès la mort du duc, le roi avait ordonné à son prévôt d’hôtel, le seigneur de Richelieu, de se rendre à l’hôtel de ville, où siégeaient les députés du Tiers rassemblés par leur président La Chapelle-Marteau, qui avait eu vent de graves événements au château. Escorté de soldats, Richelieu pénètre dans la salle, annonce qu’il y a complot contre le roi et, s’adressant au président, lui dit : « Vous êtes le premier arrêté. » Puis, tirant une liste de sa poche, il ajoute d’autres noms. Les soldats pointent leur pique contre la poitrine des députés et emmènent au château les suspects, sans qu’ils aient le temps de prendre leur chapeau et leur manteau ; il tombait une pluie froide. Ils montent le grand escalier, d’où ils voient descendre les Quarante-cinq échangeant des plaisanteries, on les introduit dans la chambre du roi où ils voient un valet lavant le sang répandu. On les fait attendre longuement, ils sont interrogés par le prévôt d’hôtel puis conduits dans une chambre basse.

Le roi fait aussi arrêter Péricard, le secrétaire du duc et l’interroge lui-même longuement. Il lui explique, en préambule, que, s’il ment, on lui fera « sentir la corde ». Il lui demande si le duc de Guise n’avait pas l’intention d’enlever le roi et de le conduire à Paris pour le faire assassiner. Péricard le nie. Le roi lui dit qu’il ment puisqu’il a été informé des intentions du duc de Guise par le duc d’Aumale. Pourquoi le duc de Guise voulait-il se démettre de sa charge de Lieutenant général ? Péricard répond que, sentant son impuissance à répondre à toutes les demandes des gens de guerre, le roi faisant peu de compte de leurs besoins, il avait supplié le roi de le décharger de ce fardeau. D’autres questions sont posées sur les propositions que le roi d’Espagne et le duc de Savoie auraient faites au duc de Guise. Péricard nie toute intelligence avec les puissances étrangères. C’est ce qui ressort de sa déposition devant la commission d’enquête du Parlement de Paris. Mais d’Aubigné, dans L’Histoire Universelle, écrit, au contraire, à propos de Péricard :

« Des papiers et de la bouche duquel on apprit, sur la terreur de la mort, les secrets qu’il avait entre les mains. »

Mise en ligne : mercredi 25 septembre 2002.

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