La journée des Barricades et l’assassinat du duc et du cardinal de Guise

par Henri Weber, université de Montpellier III

L’auteur avoue qu’un bon procès eût été préférable mais il n’était pas possible d’en respecter les formes, le Parlement de Paris étant sous la coupe de la Ligue. Et il ajoute :

« Enfin, les ennemis du roi avaient tellement avancé leurs affaires que, s’il eust encore attendu, deux fois vingt-quatre heures, c’estoit faict de luy et de son Estat. »

Le jugement de l’Estoile est plus nuancé mais va dans le même sens, lorsqu’il commente l’assassinat :

« Supplice digne de leur ambition, lequel encore qu’il semble de prime abord inique, voire tyrannique, ce néammoins, le secret jugement de Dieu caché sous telle ordonnance et exécution, nous le doit faire recevoir comme de la main de Dieu. Aussi, est-il bien certain (et se voit par toutes les histoires) qu’en tout grand exemple il y a quelque chose d’iniquité, qui est toutefois récompensé par une utilité publique. »

C’est bien la pensée de Machiavel dont l’œuvre est, aux yeux des ligueurs, le bréviaire du roi. Montaigne, pourtant, dans l’essai « De l’utile et de l’honneste », publié avant l’événement, dans l’été 1588, semble condamner le machiavélisme mais il fait une exception :

« Le Prince, quand une urgente circonstance et quelque impétueux et inopiné accident du besoing de son estat luy faict gauchir sa parolle et sa foy, ou autrement le jette hors de son devoir ordinaire doibt attribuer cette nécessité à un coup de la verge divine. »

Arrêté au lendemain de la journée des barricades par les ligueurs, sans doute pour sa fidélité à Henri III, il est enfermé à La Bastille, délivré sur ordre de la reine mère restée à Paris, il est présent aux États de Blois et note sur son agenda, à la date du 23 décembre : « Henry de Guise, à la vérité des premiers de son âge, fut tué dans la chambre du roi ». Prudent, il ne fait aucun commentaire, l’événement lui inspire pourtant une brève addition à une phrase de l’essai cité : « Le bien public requiert qu’on trahisse et qu’on mente, et qu’on massacre » ; il garde la suite « résignons cette commission à des gens plus obéissants et plus souples ».

Rappelons brièvement la suite des événements. La plupart des villes hésitantes, à l’annonce de l’assassinat, se rallient à la Ligue. Le Sud-Ouest et le Languedoc restant entre les mains d’Henri de Navarre. Henri III ne contrôle plus qu’un étroit territoire entre Beaugency, Blois et Tours. À Paris, la Ligue multiplie les processions expiatoires. La Sorbonne délie tous les sujets de l’obéissance au roi qui n’est plus appelé qu’Henri de Valois. Henri III lève de nouveaux contingents de Suisses, fait appeler le ban et l’arrière ban de la noblesse mais ne peut que s’allier à Henri de Navarre, les deux armées se rejoignent et marchent sur Paris.

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Gravure 11. Jacques Clément tue le roi et est ensuite massacré par les gardes
Cabinet des Estampes.

À Saint-Cloud, un moine dominicain, Jacques Clément, veut remettre une lettre importante au roi et demande à rester seul avec lui. Henri III, aussi imprudent que le duc de Guise, lui accorde un entretien sans témoin. Pendant que le roi lit la lettre, le moine le frappe d’un coup de poignard au ventre. Aux cris du roi, ses fidèles accourent et tuent le moine (gravure 11). Le roi survivra une douzaine d’heures, fera venir Henri de Navarre qu’il reconnaîtra comme son successeur et, deux jours après, Henri IV promet la liberté de culte et sa propre conversion lorsqu’il sera instruit dans la religion catholique.

Peut-on, en guise de conclusion, déterminer les causes de ce double drame ? Il y a d’abord le déchaînement de violences qui accompagne une guerre civile à la fois religieuse et politique, mais il y a, surtout dans la politique royale, l’alternance entre la volonté d’exterminer l’hérésie et le désir de paix par une tolérance plus ou moins limitée. Ce fut l’attitude de Catherine de Médicis, dès la première guerre de religion, celle de Charles IX qui fait succéder aux faveurs accordées à Coligny le massacre de la Saint-Barthélemy : la puissance des deux camps opposés reste supérieure à la volonté d’un roi. Avec le développement de la Ligue et le caractère d’Henri III, à la fois hésitant et autoritaire, cette oscillation devient spectaculaire, ses partisans l’accusent de faiblesse au moment des barricades, bien qu’on puisse le louer de n’avoir pas voulu tirer sur le peuple. Son attention se fixe sur les chefs, on dirait aujourd’hui les meneurs, il n’envisage pas les réactions populaires spontanées quand il fait pénétrer les troupes dans Paris ; il n’envisage pas non plus lorsqu’il prépare longuement sa vengeance et en savoure l’accomplissement les conséquences qu’elle aura dans l’opinion publique et sur son propre destin.

Henri WEBER
Université de Montpellier III

Bibliographie

Auteurs du XVIe siècle

Auteurs modernes

Mise en ligne : mercredi 25 septembre 2002.

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